Jeudi 28 février 2008 4 28 /02 /Fév /2008 15:42
Noirmoutier-07-022.jpg

PARTITION
 
Au soleil couchant
Les mouettes se rassemblent
Sur la grille des marais salants
Les oiseaux assemblés ressemblent
Aux notes blanches sur une portée
Avec leurs hampes pointées
Dans tous les sens
 
Au soleil couchant
Les mouettes se déplacent en silence
Alors que la fin du jour décline lentement
Elles se posent en douceur les ailes repliées
Sur les longues lignes de la portée en terre
Leur blancheur se reflète dans l’eau salée
Elles attendent ainsi la nuit de concert
 
Le soleil couchant
Joue de sa lumière d’or
En glissant sur les pages d’argent
Sur les notes blanches qu’il colore
Des tons d’un chant évanescent
En brûlant le jour mort
Sur les marais salants

Paul Obraska

DSC00423.JPG
 
PERTUIS
 
Il avait une vue imprenable sur le pertuis breton
Les voiliers imprimés sur la mer bleue ou grise
Et même par beau temps il avait la vue du pont
Il humait l’odeur des algues amenée par la brise
Et voyait au lointain l’infini azur de l’horizon
 
Sa vue plongeait sur les remparts
Fantômes de pierre de Vauban
Balcons de blocs gris dérisoires
Où les promeneurs nonchalants
Passaient sans lever un regard
 
Dans chaque mirador guettait une ombre
Et en se haussant sur la pointe des pieds
Par le pertuis étroit de sa cellule sombre
Le prisonnier de Saint-Martin-de-Ré
Avait une vue imprenable sur la liberté

Paul Obraska

DSC00379.JPG
 
IL VENAIT CHAQUE JOUR
 
Il venait chaque jour sur le port
Voir le ciel se briser dans la mer
Les voiles pendues comme des corps
Les bateaux ballottés ligotés à la terre
 
Il venait chaque soir sur le port
Voir les dernières lueurs du jour
Teinter les voiles d’un peu d’or
Le long des quais gris de pierre
 
Il venait à chaque lever du jour
Voir ses amis marins quitter le port
Avant, il partait avec eux chaque matin
 
Les marins lui faisaient signe de la main
Leur sourire perdu en s’éloignant du port
Sur son fauteuil roulant, il goûtait les embruns

Paul Obraska
 


monet-impression.jpg

Claude Monet "Impression au soleil levant"
 
IMPRESSION
 
Un homme dressé dans sa barque sombre
La main sur sa rame abandonnée
Contemple fasciné
Le soleil effacer la nuit et façonner les ombres
 
L’œil rouge maquillé de mauve et de bleu
Encore petit comme mal réveillé
Saigne un peu
Sur les écailles de l’eau glacée
 
Les braises froides des nuages lourds
Couvent de leur inquiétante lumière
Le bleu tendre et naissant du jour
 
L’azur commence à teinter la mer
Par petites traînées de pleurs
Sous le regard émerveillé du pêcheur


Paul Obraska
 
 
Par Obraska - Publié dans : LES FORMES DE L'EAU - Communauté : Poésie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 27 février 2008 3 27 /02 /Fév /2008 17:21
CONTE AVEC RIMES ET SANS RAISON
 
1  Il était une fois des dieux groupés en un collectif du Destin.
Chaque peuple avait les siens, semblables aux noms différents.
Chacun avait sa fonction et ses caprices dans l’espace aérien.
Gamins querelleurs, ils jouaient volontiers de la foudre et du trident.
Il était rassurant pour les hommes de voir leurs faiblesses d’humains
Et pour quelques divinités leur goût polisson pour les êtres mortels.
Heureusement imparfaits, on pouvait les acheter par une offrande.
Des prières obligées et quelques bakchichs liaient la Terre et le Ciel,
Il suffisait ensuite de faire au spécialiste divin son humble demande.
 
2  Vint un homme avec des trous de mémoire,
En quête d’une idée simple à retenir.
Pour mettre de l’ordre dans cette divine foire,
Il décréta que pour le Passé et l’Avenir,
Il n’y aurait désormais qu’un seul Dieu.
Les autres trouvèrent que c’était peu,
Mais conquis, ils finirent par s’y faire
Et les ennuis commencèrent.
 
3  Un Dieu unique ne pouvait que s’ennuyer dans le vaste Univers.
La Création du Monde ne Lui avait demandé que quelques jours.
Pas de querelles ou d’amitiés possibles avec des congénères.
Il était certes aimé mais déclenchait des catastrophes en retour.
Il faut le comprendre, Il n’avait que Ses créatures pour Se distraire
Et comme l’homme L’avait fait parfait et omniscient,
Quoi qu’Il fasse, Sa perfection Le rendait innocent.
 
4  Ainsi, lassé d’être seul, Il se révéla trois fois à ses affiliés.
La première fois dans un buisson ignifugée, en toute discrétion.
La deuxième fois dans le ventre d’une femme (après l’avoir annoncé).
La troisième fois, Il se contenta d’envoyer un chargé de mission.
 
5  Bien que les croyants vers Dieu aient la même prière,
Les hommes obstinés les uns contre les autres, affirmèrent,
Meurtres à l’appui, que Celui qu’ils avaient vu était le bon
Et que les autres, infidèles, n’avaient pas compris la leçon.
Mais tous se retournaient contre ceux qui ne croyaient rien.
On trouvait toujours des hérétiques à occire au nom du Bien.
Les motifs de querelles entre les hommes ne manquaient pas,
Dieu, dans sa miséricorde et sa magnificence les multiplia.
 
6  On ne peut que regretter le peuple des dieux imparfaits
Leurs faiblesses et leurs distrayantes disputes de Titans.
Avec eux les hommes auraient détruit leur planète en paix,
Sans toujours invoquer Dieu pour leurs débordements.
 
7  C’est une histoire déraisonnable dont les hommes ne se lassent jamais

Paul Obraska
 
 
matisse-l-homme.jpg Matisse "Modèle masculin"

AUTOCRITIQUE

Dieu se dit 
En regardant l’Homme qu’Il venait de créer 
Ce n’est pas réussi
Et pourtant Je Me suis bien entrainé

J’ai crée toutes les couleurs
En Me servant des fleurs
De grands arbres épanouis
Lourds de feuilles et de fruits
Des milliers d’inventions
Pour des insectes à foison
Toutes sortes d’animaux
Des plus curieux aux plus beaux
Et voilà l’Homme que J’ai fait
Il est particulièrement laid
 
Quelques poils épars sur sa peau nue
Il se déplace en cahotant sans grâce
Sur de longs membres incongrus
Ses chairs sans défense sont mollasses
A le voir ainsi il semble déjà déchu
Mais il va dire qu’il est à Mon image
Car il est aussi prétentieux que laid
Des êtres vivants ce sera le moins sage
Je regrette déjà ce que J’ai fait

Paul Obraska
  
michelangelo34-copie-1.jpg
Michel-Ange "La chute de l'homme et l'expulsion du Jardin d'Eden"

LA LETTRE ANONYME
 
Elle fut écrite dans les temps anciens
Servant de preuve dans un livre sacré
On ignore le nom du délateur écrivain
Un ermite du désert ou un mari trompé
 
Elle accusait la femme du premier des péchés
De la honte d’avoir été chassés du jardin d’Eden
D’avoir dévoilé le bien et le mal à l’humanité
A l’origine de l’exil de l’homme et de ses peines
 
Depuis la femme est en garde à vue
Sur cette calomnieuse dénonciation
Par une lettre écrite par un inconnu
 
Voilà des millénaires qu’elle vit sa punition
Dans une geôle qu’elle porte parfois sur elle
Sous les cieux où les lettres restent éternelles

Paul Obraska
 
Par Obraska - Publié dans : MECREANCES - Communauté : L'écriture dans tous ses états
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 27 février 2008 3 27 /02 /Fév /2008 16:28

 

LE GRAIN DE RAISIN

Il tient le globe entre deux doigts
Le pouce au sud, l’index au nord
Il hésite encore dans son choix
Il n’a pas décidé de son sort
 
Que faire de cette Terre incurable
Folle à force de tourner à l’envers
Comme un derviche infatigable
Mauvais exemple pour l’Univers
 
L’écraser comme un grain de raisin
Faire jaillir la pulpe et le jus
Assécher le suc, exploser les pépins
Faire disparaître ce globe corrompu
 
Les continents basculent et se fracturent
Les montagnes s’écrasent dans les plaines
Le sang brûlant de la Terre jaillit des fissures
Les mers s’élèvent comme des fontaines
 
Dommage pour les fleurs et les papillons
C’était une réussite, un peu fugace
Les arbres aussi mais sans les bûcherons
Les poètes peut-être. Non, ils L’agacent
 
Pourquoi hésite-t-Il à écraser ce grain de raisin ?
Pense-t-Il aux arbres, aux fleurs, aux papillons ?
Sans doute car Il retire lentement Sa Main
« Ce n’est pas la peine » dit-Il «  Ils s’en chargeront » 

Paul Obraska
  



Brulloff-Pomp-i.jpg
Karl Brulloff "Le dernier jour de Pompéi" 
 
CATACLYSME
 
Les hommes fats installés sur la braise
Regardent, satisfaits, leur unique nombril
Et dressent sur la croûte d’une fournaise
Les monuments orgueilleux de leur ville.
 
Les puissants vaniteux font trembler les gueux
Et tous sont balayés lorsque la terre frissonne,
Lorsqu’elle éructe et vomit ses entrailles en feu
En couvrant de ses cendres jardins et colonnes.
 
La mer bascule comme une coupe renversée,
Déverse dans l’écarlate sa marée monstrueuse
En noyant dans ses flots ce qui n’a pas brûlé.
 
La terreur des hommes devant la terre furieuse
Est celle des enfants assaillis de cauchemars
Qu’une mère insensible abandonne dans le noir. 


Paul Obraska
 
 
 
sharkeys.jpg
Georges Bellows "Stag at Sharkey's"

GLADIATEURS
 
Trois hommes dans un ring tournent et dansent
Les poings serrés frappent comme des marteaux
Deux corps demi-nus s’emmêlent en silence
Le troisième sous les sueurs surveille l’assaut
 
Les sculpteurs de chair par les coups étourdis
Aveuglés sous leurs arcades sanglantes
Martèlent sans répit les faces meurtries
S’accrochent l’un l’autre, épaves pantelantes
 
La foule assemblée pour savourer la violence
Guette la chute des gladiateurs chancelants
Trépigne dans les rangs, hurle sa jouissance
 
Par ses cris elle pousse les lutteurs au massacre
Et souhaite un combat long et le coma du perdant
Le vainqueur, sourire tuméfié, aura droit à son sacre



Paul Obraska
Par Obraska - Publié dans : MEUTES - Communauté : Poésie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 26 février 2008 2 26 /02 /Fév /2008 19:00

 

miro-ballon.jpg

  Joan Miro "La naissance du monde"


BALLON
 
Il arrivera qu’un jour ou une nuit
Je ne sais où, je ne sais comment
Je serai banni de cette vie
Pour retourner au néant
 
Et le monde ne sera plus
Le monde est fragile, il tient dans le creux de ma main
Je l’aurai retenu comme j’ai pu
En vain
 
Lorsque ma main s’ouvrira comme une fleur fanée
Le monde s’échappera d’un coup dans le néant
Libéré
 
Comme le ballon lâché par l’enfant
Mais lui le voit lentement s’éloigner
Il a le temps.

Paul Obraska
 
    vangogh-la-nuit.jpg
Van Gogh "La nuit étoilée, Saint-Rémy"
 
PARTICULES
 
Quelqu’un regarde-t-il
Par les grandes fenêtres étoilées
Le sort imbécile
Des particules condamnées ?
 
Agitées par un mouvement brownien
Maintenues en vie par leur agitation
Petites particules au destin incertain
 
Des paires de particules que le hasard mêle
Provoquent entre elles de petites collisions
D’où naissent des particules nouvelles
 
Attirées de temps en temps par un aimant
Elles s’apprêtent aux grandes explosions
Et se heurtent en de fols embrasements
 
Laissant derrière elles une fugace lueur
Les particules disparaissent dans le néant
 
Par les grandes fenêtres étoilées
Quelqu’un aime-t-il voir la douleur
Des particules condamnées ?

Paul Obraska
 
Klimt-vi-rge.jpg  
Klimt " La vierge"

ÊTRE LE PREMIER
 
 Les hommes se donnent bien du mal
Pour être le premier
Et inscrire leur nom dans les annales
Des noms pour la plupart oubliés
Le premier à découvrir une terre
Déjà habitée
Pour y planter son drapeau
Et commencer une guerre
 
Le premier à grimper sur un pic
Pour redescendre aussitôt
Le premier à courir aussi vite
Avant d’être dépassé
 
Le premier à traverser les mers
Vent debout, vent arrière
A l’endroit, à l’envers
Avant d’être repêché
 
Il y a ceux qui ne seront jamais premiers
Ni sur terre
Ni sur les mers
Ni dans les cieux
Mais qui exigent de l’être au moins une fois
Pour ces prétentieux
Qui ne tentent aucun exploit
Il y a la vierge à déflorer
On est le premier que l’on peut

Paul Obraska
 
DSC00218.JPG  

COQUILLAGE
 
C’est un coquillage aux murs nacrés
Spirale de douces courbes érotiques
Comme un pas de vis pour entrer
Dans les profondeurs prolifiques
 
C’est un coquillage couleur chair
Serti dans un fourreau de dentelle
Pour séduire les futurs locataires
La coquille exposée se fait belle
 
Et les hommes de passage
Sont invités à monter l’escalier
A ouvrir les valves du coquillage
 
Mais ils ne doivent pas s’attarder
Pour laisser à d’autres arrivages
Le plaisir triste de le consommer

Paul Obraska
 
  picabia-idylle.jpg
Picabia "Idylle"
IL A FALLU
 
Qu’il a fallu de miracles, qu’il a fallu de hasards
Pour que ces deux êtres se soient rencontrés
Qu’ils soient réunis, ici, dans un même regard
Qu’ils se touchent et échangent leurs baisers
 
Il a fallu être tirés à la loterie cellulaire
Il a fallu être nés dans le même temps
Rejetons de générations millénaires
Migrantes depuis la nuit des temps
 
Leurs ancêtres ont traversé pays et continents
Echappés aux massacres et aux destructions
Ils ont pu laisser une chaîne de descendants
Pour que s’attachent enfin ces deux maillons
 
Il a fallu que les deux puissent surmonter
Les dangers, les maladies, les accidents
Rester toujours en vie pour se rencontrer
Il a fallu de la chance pour rester vivant
 
Parmi la multitude sur la Terre immense
Il a fallu se croiser sous les mêmes cieux
L’un aurait pu être retardé, l’autre en avance
Ils furent là au même moment, en un même lieu
 
 Il a fallu se voir
Il a fallu se plaire
Il a fallu oser
Il a fallu s’aimer
 
C’est improbable
C’est impossible
Cette idylle ne l’ont-ils pas rêvée ?

Paul Obraska
 
Par Obraska - Publié dans : AINSI VA LA VIE - Communauté : Poésie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 26 février 2008 2 26 /02 /Fév /2008 18:00
  Caravage-diseuse.jpg
Le Caravage « La diseuse de bonne aventure »

DISEUSE
 
Le jeune homme joueur ou crédule
Tend les plis de sa paume à la diseuse,
En espérant qu’elle fera sans scrupule
Le conte d’une destinée fabuleuse.
 
La femme attentive ne regarde pas la main
Mais le visage rêveur de celui qui la tend.
Veut-il vraiment connaître son destin
Dont chacun sait l’aboutissement ?
 
Diseuse, tu peux le faire rêver avant sa mort
D’amours, de richesses et de gloire,
Les rêves ne changeront rien à son sort.
 
Diseuse, raconte-lui de belles histoires,
Les hommes aiment brûler leur présent
Pour de chimériques enchantements.
 
Paul Obraska



 
velazquez-le-bouffon.jpg
Velazquez « Le bouffon de Calabazas »

LE BOUFFON
 
Le regard triste, le bouffon rit
Il est là pour amuser la galerie
Alors il grimace ses pitreries
Et autour les spectateurs rient
 
Il aime entendre leurs rires
Pour lui il n'y a rien de pire
Que l'absence de sourire
Sur le visage sec des sires
 
Car son admirable métier était
De faire paraître la vie plus gaie
Aux flatteurs fortunés du palais
Tourmentés de désirs insatisfaits
 
Le bouffon est là pour les distraire
Il joue le fou gai pour leur plaire
Que ne ferait-il pas pour les satisfaire ?
Il tiendra son rôle comme le fera Molière
 
Peut-être qu'une mort grotesque
Leur paraîtra assez burlesque
Le comédien y est presque
 
Encore un petit effort
Et ils pourront rire de sa mort


Paul Obraska
 
 
Par Obraska - Publié dans : PORTRAITS - Communauté : Poésie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Textes captifs

Textes déposés à la Société des Gens de Lettres de France sous les n° 2004.08.0115
C2
Sceau1.gif

00047420

Clown derrière le monde

Buffet-clown-derri-re-le-globe.jpg

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés