113. La pharmacie planétaire

Publié le 11 Juin 2012

Lorsque vous prenez un médicament vous pensez peut-être que celui-ci a été intégralement fabriqué et conditionné par le laboratoire qui le délivre et le vend. C’était en effet le cas autrefois où la fabrication était locale et totale (principes actifs, excipients, produits de conditionnement) et réalisée par un petit nombre d’acteurs connus et bien surveillés par les autorités sanitaires. Ce n’est plus le cas. Le médicament est devenu un produit de consommation comme un autre, soumis aux mêmes règles commerciales, où domine la rentabilité financière. Cette vision ultralibérale a abouti à une mondialisation où chaînes de production et de distribution se sont dissociées. Les principes actifs sont fabriqués là où la fabrication est la moins chère. C’est ainsi que pas un gramme de paracétamol (antalgique courant) n’est produit en Europe ! La Chine produit 40 à 50% des principes actifs des génériques destinés au marché européen. Heureusement, il existe pour l’Europe des inspections des sites mondiaux de production qui peuvent aboutir au retrait ou à la suspension des certificats de conformité à la pharmacopée européenne. Il est à noter que 75% de ces retraits ou suspensions ont concernés des sites chinois ou indiens. Toujours par un souci de rentabilité des médicaments anciens mais efficaces ne sont plus fabriqués car leur prix de vente est peu élevé et les bénéfices jugés insuffisants, surtout s’ils sont destinés à des maladies peu fréquentes.

Cette mondialisation de la fabrication des médicaments et la concentration des lieux de fabrication ont une autre conséquence : la fréquence de plus en plus grande des « ruptures de stock ». En France, sur les 5 dernières années, ces pénuries de médicaments ont été multipliées par 10 et au premier semestre 2011, 31 bulletins d’alerte ont été lancé par l’Afssaps contre 4 en 2010 et 2 en 2009. Aux USA leur nombre est passé de 60 en 2006 à 220 en 2011. Ces ruptures ou arrêts d’approvisionnement concernent souvent des médicaments anciens et d’un coût faible et peu importe s’ils sont nécessaires ou au moins d’efficacité égale aux médicaments plus récents mais plus chers.

A cela, il faut ajouter le commerce croissant des faux médicaments qui en 2010 a représenté 10% du marché pharmaceutique mondial, et 75 milliards de bénéfice pour les fraudeurs. Selon l’OMS, " 60% des cas de contrefaçon sont détectés dans des pays pauvres [où elle tue des milliers de personnes chaque année] et 40% dans des pays industrialisés" (50% des médicaments vendus sur internet seraient contrefaits : placebo ou produit toxique). En Europe, près de 3 millions de faux médicaments ont été saisis par les douanes en 2010 », 65000 boîtes ont été saisies en France en 2011 alors qu’auparavant la fraude était marginale. La fabrication de ces contrefaçons se fait de plus en plus à l’échelle industrielle, et un peu partout (Suisse, Inde, Chine…), alors qu’elle ne concernait que les produits dits « de confort », elle porte de plus en plus sur des médicaments destinés à des pathologies lourdes comme les cancers ou les maladies cardiovasculaires qui, elles, sont bien réelles. Un danger sanitaire en perspective surtout si les faux réussissent à s’infiltrer dans les réseaux officiels de distribution.

 

Sources : « les cahiers du médicament, la revue du praticien de mai 2012 », Egora et AFP 

Rédigé par Obraska

Publié dans #Chroniques médicales

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Juntos 11/06/2012

Quelle histoire ! J'en ai mal à la tête. Mais je n'ose plus prendre d'aspirine à présent...

Carlus 11/06/2012

Doc, permettez moi de me faire respectueusement l'avocat du Diable :

- les pays qui n'ont pas une vision "ultralibérale" de la santé( ex-URSS, Chine, Cuba, Viet-nam...)n'ont à ma connaissance découvert AUCUN médicament innovant ! Ca doit avoir un sens quand même
!

- Les ruptures de stocks ne seraient-ils pas expliquées en grande partie 1) par l'augmentation mondiale de la consommation de médicaments combinée à 2) des dates de péremption de plus en plus
courtes ?

- la contrefaçon de médicaments concernent, je crois, les ventes "par Internet" (et pas les médicaments vendus en pharmacie, j'espère).
Et moi je dis que celui qui est assez idiot pour aller acheter sur internet des médicaments 10 fois moins chers l'a bien cherché quand même !

Pangloss 11/06/2012

Un argument pour que les pays où les exigences sont maximales (la France est dans ce cas, on peut l'espérer) produisent eux-mêmes leurs médicaments. Dans ce domaine, le "made in France" paraît plus
que dans d'autres, indispensable.

Carlus 11/06/2012

Errata
- Les ruptures de stocks ne seraient-ELLES pas expliquées...

( je fais toujours beaucoup de fautes, mais certaines me gênent plus que d'autres ...)

+nettoue 11/06/2012

La Suisses si pointilleuse me déçoit énormément !La recherche de médicaments bon marchés (obligés pour beaucoup malheureusement) devient donc un vrai problème. Beaucoup d'exemples venant de Chine,
lait pour nourrissons, jouets etc,... sont connus de tous pour leur dangerosité, les achats par Internet ne peuvent-ils donc pas être contrôlés ? Il y a eu moins d'hésitation de certaines autorités
pour la loi Hadopi !
Nettoue