
Depuis 10 ans, Gordon Bell (Microsoft Research), âgé de 75 ans et craignant peut-être
d’’être atteint de la maladie d’Alzheimer, double sa mémoire par une mémoire
numérique, bien moins faillible. Il porte un petit appareil photographique sur le torse qui prend automatiquement, avec des intervalles de quelques minutes, des photos des lieux où il se trouve,
il enregistre ses conversations, scanne des documents et tout est archivé. Il n’est pas le seul, d’autres adeptes de l’archivage de leur vie s’y engagent (« Lifelogging »). Un des
objectifs affichés de cette méthode d’auto-espionnage serait de mieux « gérer » sa santé et « d’optimiser » ses performances. C’est ainsi que l’on peut enregistrer les ondes
cérébrales pendant le sommeil pour en mesurer la qualité, qu’il existe un comptage de calories et de l’énergie dépensée et bien d’autres gadgets. Par contre, j’ignore si l’activité coquine fait
l’objet d’un l’archivage, mais il serait dommage de ne pas mettre en mémoire la partie la plus agréable de sa vie et de ne pas pouvoir la revivre, surtout passé un certain âge.
Il s’agit donc d’une robotisation de l’homme. La mémoire humaine a cela d’intéressant qu’elle est capable d’oublier, de sélectionner les souvenirs et même de les embellir. L’archivage numérique de ses faits et gestes vient contredire ce travail subtil. Un autre risque est de passer son présent à regarder son passé, c'est-à-dire à cesser de vivre (comme dit le bon sens populaire : « on ne peut pas être et avoir été »). Et ne parlons pas des implications juridiques possibles si l’on fait appel à ces fichiers dans un procès.
Il faut être assez tordu pour concevoir un truc pareil dont l’utilité m’échappe si les inconvénients et la folie ne m’échappent pas, même si cet archivage n’enregistre que les faits extérieurs, finalement sans grand intérêt, et qu’il ne met pas en boîte la pensée sur les choses et le ressenti émotionnel. La pensée et les émotions échappent à l’homme-robot…Pour l’instant.
Wassily Kandinsky "Fugue"
BIENVENUE DANS MES ERRANCES
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"La seule chose absolue dans un monde comme le nôtre, c'est l'humour"
Albert Einstein