Bien sûr, il fallait s'y attendre, la mort prématurée de Ben Laden entraîne un bruissement médiatique allant dans tous les sens tel un mouvement brownien de particules élémentaires, très élémentaires.
Les questions vaines se posent : fallait-il le tuer ? Fallait-il le juger ? Etait-ce bien lui ? N'est-ce pas un complot ? Les photos sont-elles truquées ? Est-ce bien son ADN ? Et sa sœur ? Fallait-il que sa course sur terre se termine dans la mer ?
Mais il me semble que la question fondamentale n'ait pas été posée (à ma connaissance) : Est-il maintenant heureux ?
Car ses dernières années n’ont pas été très folichonnes. Certes, il avait une notoriété que Lady Gaga pouvait lui envier, entretenue par quelques vidéos d’une grande sobriété dont devrait s’inspirer la chanteuse, certes, il a eu quelques satisfactions meurtrières, mais subir une traque de dix ans n’est pas des plus confortables (même dans une villa luxueuse).
Cependant, cet homme était particulièrement pieux, à cheval sur le Coran (que personne ne soit heurté, ce n'est qu'une figure de rhétorique et il n'y a dans cette expression cavalière aucune marque d'irrespect), il est donc de la plus grande probabilité que de la mer il ait rejoint directement le paradis tant espéré, lieu de félicité, puisque personne n’en est revenu pour se plaindre. Maintenant, il peut vérifier lui-même l'exactitude des promesses faites à cette horde de jeunes gens qui l'ont précédé, taillés en pièces de boucherie par la bombe qu'ils portaient sur eux ou par leur entrée fracassante en avion dans des tours emplis d’innocents.
Si cette personne si pieuse, si respectueuse de sa religion, investi d'une mission à ses yeux divine, n'est pas à présent heureuse, ce serait à désespérer de la religion.
Cependant, ce qui doit un peu gâcher sa béatitude et sans doute l'inquiéter, est d'avoir été envoyé au Paradis par le Grand Satan. Va-t-on en Haut-Lieu se formaliser de ce parrainage peu recommandable ?