Mercredi 14 octobre 2009


Magritte : "La condition humaine"

  

Les choses n’allaient pas bien. Aussi décida-t-on de réunir un « Grenelle » de la Vie en faisant appel à des experts venus de tous horizons et même au-delà : des philosophes (il faut bien que la philosophie serve à quelque chose), des démographes nantis de leurs courbes, des économistes (pour faire les calculs, pas pour des prévisions), des politiques (dont Balladur, Rocard et Lang), des syndicats représentatifs (de quoi ?), des représentants de la société civile (dont Hallyday), des communicants (il y en a partout, pourquoi pas là) des astrologues (on ne sait jamais), et quatre ratons laveurs (qui peut le plus peut le moins).

Cette docte assemblée constata des évidences (c’est souvent le cas) :

Dès que les jeunes prennent conscience d’eux-mêmes, beaucoup (nous ne parlons pas des marginaux qui acquièrent rapidement une indépendance aux dépens des autres) passent l’essentiel de leur temps enfermés dans des établissements austères, à étudier, même chez eux, à préparer des examens ou des concours, à apprendre un métier, à chercher un poste ou à faire des petits boulots s’ils n’en trouvent pas ou s'ils ont été licenciés.

Plus tard, dans le meilleur des cas, les gens se marient, doivent élever des enfants, divorcer, payer une pension, enterrer leurs parents et gravir péniblement les échelons d’une éventuelle carrière.

A la fin, lorsqu’ils sont plus ou moins satisfaits de leur situation (je parle des meilleurs cas), ils partent à la retraite ou sont obligés de la prendre (je ne parle pas des politiciens que l’on est parfois amené à abattre pour ne plus les voir). Et que se passe-t-il alors ? Ils ne font plus grand-chose, certains s’ennuient et regardent leur corps dépérir au point de se suicider.

Cette docte assemblée constata donc que la jeunesse qui possède tous les atouts pour jouir de la vie, perdait beaucoup de temps à ne pas en jouir, alors qu’au-delà de la maturité on avait le temps d’en jouir mais pas toujours les possibilités mentales et physiques pour le faire.

Le « Grenelle » de la Vie proposa donc d’inverser le processus : laisser tout le temps aux jeunes pour s’éclater et demander, dès la maturité, aux anciens, tant qu’ils en sont capables, d’étudier et de travailler jusqu’à ce que mort s’ensuive.

C’est ainsi que les jeunes entretenus par leurs aînés furent heureux et eurent beaucoup d’enfants qu’ils confièrent aux vieux, parfois contents d’entendre leurs rires et le plus souvent satisfaits d’être utiles.  

 

Par Obraska - Publié dans : Fables - Communauté : Ricanons
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